Le 23 Mai dernier était organisée, à l’antenne de Saint-Merd-les-Oussines, sur le plateau de Millevaches, une journée de présentation des travaux de restauration hydrologique de la tourbière du Pont Tord, réalisés en 2 tranches (2018 et 2023). Cet évènement, a destination des partenaires techniques, institutionnels et financiers du Conservatoire, a permis de réunir une trentaine de personnes représentant une quinzaine de structures :

  • Parc Naturel de Millevaches en Limousin
  • Région Nouvelle-Aquitaine
  • Agence de l’Eau Adour Garonne
  • Haute Corrèze Communauté
  • Communauté de Communes Midi Corrézien
  • Tulle agglo
  • Communauté de communes Vézère Monédières Millesources
  • PETR Monts et Barrages
  • Entente Maronne
  • Entreprise prestataire : SATPA
  • Direction Départementale des Territoires de la Corrèze
  • Office Français de la Biodiversité
  • Syndicat Intercommunal d’Aménagement de la Vézère
  • Communauté de communes Creuse Grand Sud
  • Conservatoire Botanique National du Massif Central
  • Administrateur du Conservatoire d’espaces naturels

Localisée sur la commune de Pérols-sur-Vézère (19), sur les contreforts du massif central, la tourbière du Pont Tord compte parmi les quelques 2400 ha de milieux tourbeux gérés par le Conservatoire d’espaces naturels sur le plateau de Millevaches. Depuis la première acquisition en 2001, le CEN NA a progressivement étendu sa maîtrise foncière et d’usage sur le site. Il est aujourd’hui gestionnaire de près de 90 ha, l’essentiel en acquisition (69 ha).

Au cours des années 1970, la tourbière a fait l’objet de travaux hydrauliques avec la création de nombreux fossés de drainage, avec de nombreuses conséquences : altération du fonctionnement hydrologique, banalisation des habitats et de la biodiversité, arrêt de la turfigénèse, minéralisation de la tourbe, relargage du carbone stocké…

En 2018, le Conservatoire a entrepris une première phase de travaux de restauration hydrologique de la tourbière. 5 palissades en bois ont été installées de manière perpendiculaire au fossé principal, afin de contenir l’eau dans la tourbière. Deux merlons de tourbe compactée ont également été aménagés sur un réseau secondaire. Les campagnes de suivis piézométriques, faunistiques et floristiques ont depuis permis de mettre en évidence l’impact positif de ces travaux pour la tourbière.

Une nouvelle tranche de travaux a été entreprise à l’automne 2023, sur une autre zone altérée de la tourbière. Réalisé à l’étiage, dans des conditions de portance optimale pour les engins (les piézomètres révélaient l’absence d’eau dans la tourbière à cette période…), le chantier a consisté à créer 8 palissades en madriers de bois, de 5 à 28 m de large, recouverts de tourbe et de la couche de végétation.

 

La première partie de la journée s’est déroulée en salle, permettant de détailler les différentes étapes nécessaires pour la mise en place de ce projet, le site du Pont Tord figurant parmi les premiers à bénéficier de cette technique de restauration à l’échelle du massif central. Cette matinée a également été l’occasion de présenter les résultats des suivis mis en œuvre pour suivre la réaction de la tourbière par rapport à la mise en œuvre des travaux :

  • Elévation significatif du niveau de la nappe, même lors des périodes de sécheresse ;
  • Observation de plus de 30 espèces de libellules au niveau de la première tranche de travaux (2018), soit près de la moitié des espèces présentes en Limousin ;
  • Colonisation progressive des sphaignes, espèces caractéristiques des tourbières, notamment à l’origine de la production de tourbe.

Pour apprécier les effets des travaux sur la production effective de tourbe, il faudra attendre encore un peu, puisqu’on estime en moyenne qu’il faut 100 ans pour produire 1 cm de tourbe… Suivez les actus du CEN, on ne manquera pas de vous informer !

En attendant, si vous souhaitez plus de précisions sur ces travaux, vous pouvez consulter le support présenté en salle. Il vous permettra par ailleurs d’accéder au rapport de présentation des travaux de la phase 1 (2018).

La seconde partie de la journée s’est déroulée sur le terrain, au milieu de la tourbière… et entre les gouttes ! Cela a été l’occasion pour les participants d’apprécier concrètement les spécificités de ce genre de travaux sur les milieux sensibles que sont les tourbières, et de répondre aux remarques et interrogation, avec notamment la présence de l’entreprise prestataire.

 

Pour le Conservatoire, la tenue de cette journée avait pour objectif de partager son expérience pour la réalisation de ce type d’opération, qui, si elle tend à se développer progressivement à l’échelle du massif central, est déjà largement développée ailleurs en France (Life Climat 2022-2029 dans le Jura notamment) et chez nos voisins européens. A l’avenir, il sera primordial de développer les travaux de restauration hydrologique des zones humides en général et des tourbières en particulier, pour répondre aux enjeux du changement climatique.

Les tourbières sont un véritable enjeu pour la biodiversité, mais tiennent également un rôle de premier ordre vis-à-vis du changement climatique. Véritables puits de carbone, elles ne couvrent que 3% des terres émergées à l’échelle mondiale mais contiennent à elles seuls 30% de tout le carbone stocké dans le sol. Toutefois, depuis le début de l’ère industrielle, « on estime que 50 millions d’hectares de tourbières ont été asséchées [pour divers usages. Ainsi, depuis une centaine d’années et en l’absence d’eau, beaucoup d’entre elles sont devenues émettrice de carbone vers l’atmosphère.] Il faudrait restaurer la moitié des tourbières asséchées d’ici 2030 pour réaliser l’objectif de l’Accord de Paris visant à limiter l’augmentation de la température mondiale entre 1.5 et 2 °C » Lei Guagchum, président du Groupe d’Evaluation Scientifique et Technique (GEST) pour la Convention de Ramsar.

D’autres projets d’envergure sont d’ores et déjà à l’étude sur les sites gérés par le Conservatoire (Redon Bord, Landes humides des Chaux, Longeyroux…) ou sur le point d’être mis en œuvre comme sur la tourbière de Rebière Nègre à Peyrelevade. A moindre échelle mais tout aussi importantes, certaines opérations d’obstruction de fosses de tourbage ont également été réalisées en chantier école et chantier participatif…

Par ailleurs, le Conservatoire accompagne également ces partenaires sur cette thématique : Tulle Agglo, commune de Gros Chastang, Office National des Forêts ou encore Haute Corrèze Communauté.

Pour ceux qui souhaiterait en savoir davantage sur les enjeux de restauration des tourbières et le rôle particulier de l’Europe et de la France en ce sens, voici deux publications récentes qui traite de ce sujet :