Les limites des suivis quantitatifs : le cas de l’Orchis à odeur de vanille (Anacamptis fragrans) du coteau de Peymourel (24)

Les limites des suivis quantitatifs : le cas de l’Orchis à odeur de vanille (Anacamptis fragrans) du coteau de Peymourel (24)

Depuis plus de 20 ans, un suivi est réalisé sur le coteau de Peymourel, une petite pelouse sèche de 1,4 ha située à Cause-de-Clérans, en Dordogne. Ce site abrite une espèce protégée particulièrement remarquable : l’Orchis à odeur de vanille (Anacamptis fragrans).

Malgré sa petite taille, le site fait partie des stations majeures du département pour cette orchidée, avec un effectif médian d’environ 470 pieds en fleur selon les années… Mais ce nombre masque une réalité bien plus contrastée :  les effectifs varient énormément, de 970 pieds en 2013 à seulement 46 en 2021.

Un suivi simple… mais précieux

Chaque année, entre mi-mai et mi-juin, le site est entièrement parcouru pour compter tous les pieds en fleur. Grâce à la petite surface et à la bonne visibilité de l’espèce, ce comptage est quasiment exhaustif.

Ce suivi permet de décrire l’évolution la population… mais il pose aussi une question essentielle : comment interpréter ces variations parfois spectaculaires ?

Des montagnes russes

Comme le montre le graphique, les effectifs peuvent s’effondrer… ou au contraire fortement augmenter. Certaines années, plus de la moitié des pieds disparaissent. D’autres fois, la population double, voire triple en seulement deux ans. Face à ces variations, on est naturellement tenté de chercher des explications.

Le rôle possible de la gestion

En regardant de plus près l’historique du site, un élément attire l’attention : les changements de gestion :

  • Jusqu’en 2012 : pâturage et fauche de la végétation en laissant une hauteur assez importante avec export des résidus végétaux
  • Entre 2013 et 2019 : fauche très courte avec export des résidus végétaux
  • Depuis 2021 : retour à une coupe plus haute, sans export

Or, la période de coupe très courte correspond à une baisse progressive des effectifs après un pic très élevé en 2013.

À l’inverse, depuis le retour à une gestion plus “douce”, les effectifs semblent repartir à la hausse.

Coïncidence ? Peut-être… mais c’est une piste intéressante.

Le climat, un suspect sérieux

Certaines chutes brutales semblent aussi liées aux conditions météorologiques. Par exemple, en 2017, un printemps à la fois sec et marqué par des gelées tardives pourrait avoir fortement limité la floraison. Il est donc probable que le climat joue un rôle tout aussi important que la gestion.

Attention aux conclusions trop rapides

Mais il faut rester prudent. Ce que l’on mesure ici, ce ne sont pas les plantes… mais les plantes en fleur. Or, les orchidées peuvent rester plusieurs années sous terre sans fleurir, puis réapparaître.

Une “disparition” n’est donc pas forcément une vraie disparition. Et une “explosion” peut simplement correspondre à un retour en floraison.

Une leçon simple

Au final, ce suivi montre surtout une chose : compter ne suffit pas à comprendre. Sans informations sur la météo, la végétation ou les pratiques de gestion, il est très difficile d’expliquer ce que l’on observe. Mais cela n’enlève rien à l’intérêt du suivi, bien au contraire : il permet de poser les bonnes questions… et c’est déjà essentiel.

Benoît Duhazé

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