Travaux de réhabilitation d’une tourbière à Peyrelevade (19)

Travaux de réhabilitation d’une tourbière à Peyrelevade (19)

La tourbière de Rebière Nègre, localisée à proximité du bourg de Peyrelevade en Corrèze, au cœur du plateau de Millevaches, près des sources de la Vienne, est un site unique avec 4,5 mètres d’épaisseur de tourbe. Cette tourbière est née il y a plus de 9 000 ans (Miras 2004). C’est un précieux écosystème pour les Hommes, la faune et la flore locales. Source de combustible pendant plusieurs siècles, le site a fait l’objet de nombreuses extractions de tourbe successives, accompagnées de la création de fossés de drainage. La dernière activité d’envergure s’est terminée en 1997 après l’exploitation pour la fabrication de terreau.

En 2003, la commune de Peyrelevade confie la gestion écologique du site au Conservatoire d’espaces naturels de Nouvelle-Aquitaine, pour l’aider à conserver son patrimoine naturel. Depuis 2018, le Conservatoire étudie l’évolution des niveaux d’eau dans la tourbière et a évalué les effets des différentes activités ayant eu lieu jusqu’à la fin du XXe siècle ; extraction de tourbe, plantation, création de l’étang communal, etc.

Ces suivis ont mis en évidence que 3 300 mètres de fossés abaissent la nappe d’eau sur de longues périodes sur environ 6 hectares. Plusieurs dizaines de millier de mètres cube de tourbe sont en cours de dégradation, importante source d’émission de carbone. La flore et la faune spécifiques des tourbières est en voie de disparition.

La restauration des tourbières drainées est aujourd’hui reconnue au niveau national et mondial, comme une action contribuant à la résilience des territoires face au dérèglement climatique.

Installation d’un piézomètre pour le suivi des niveaux d’eau dans la tourbe. Source : CEN Nouvelle-Aquitaine

En 2022, La commune de Peyrelevade a validé le projet de travaux, proposé par le Conservatoire, pour redonner à la tourbière de plus grandes capacités de stockage d’eau, de carbone et d’accueil pour une biodiversité originale.

En 2023, ce projet de travaux a été lauréat de l’appel à projet « Accélérer la restauration des zones humides en Nouvelle-Aquitaine » porté par la Région Nouvelle-Aquitaine et soutenu par l’Agence de l’eau Loire Bretagne.

Après 6 ans de suivi hydrologique et près de 2 ans de préparation, les travaux de restauration hydrologique de la tourbière de Rebière Nègre ont été réalisés en septembre et octobre 2025.

Ces travaux ont pour objectif de neutraliser l’effet de 900 mètres de fossés et de rehausser le niveau d’eau sur près de 4,5 ha de tourbière.

Les particularités physiques de la tourbe, une fois dégradée par le drainage, nécessitent des techniques adaptées pour réhumidifier efficacement la tourbière.

Pour le projet de Peyrelevade, deux techniques, éprouvées depuis plus de 10 ans dans le Jura, ont été mises en œuvre :

9 palissades constituées de madriers en bois et 40 panneaux en bois implantés dans la tourbe en travers des fossés.

Chaque ouvrage est ensuite recouvert d’une couche de tourbe et de végétation, préalablement décapée au droit de l’ouvrage, pour limiter la dégradation de leur partie aérienne.

Carte des ouvrages en travers des fossés. Source CEN Nouvelle-Aquitaine

Cette importante intervention mécanisée a fait l’objet de mesures de prévention pour limiter les impacts négatifs potentiels : tassement du sol, drainage depuis les zones de prélèvement de tourbe, …

Pour éviter ou réduire ces impacts 3 mesures principales ont été mises en place :

  • Utilisation systématique de plaque sous les machines pour répartir leur poids
  • Optimiser les déplacements et travailler d’amont en aval pour limiter leur nombre
  • Limiter la profondeur des points de prélèvement de tourbe pour une cicatrisation du milieu plus rapide et réaliser les prélèvements dans les zones d’influence des ouvrages pour maintenir un niveau d’eau le plus haut possible.
Zone de prélèvement de tourbe. Source : CEN Nouvelle-Aquitaine

Quelques semaines plus tard après une période de pluie, les premiers résultats sont là.

Des zones d’eau libre se sont formées en amont des ouvrages, attestant de leur étanchéité.

 Zone d’eau libre en amont d’un ouvrage après des pluies. Source CEN Nouvelle-Aquitaine

Et maintenant ?

Le projet de restauration de la tourbière va, à présent, consister à suivre l’effet des travaux avec l’analyse de l’évolution des niveaux d’eau et l’évolution de la végétation en surface de la tourbière.

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