Premiers inventaires dans les gorges de la Dronne (24)

Premiers inventaires dans les gorges de la Dronne (24)

Avant de quitter les confins du plateau limousin pour rejoindre les terres calcaires périgourdines, la rivière Dronne s’enfonce dans le socle métamorphique au sein de petites gorges, et prend des airs de torrent de montagne. C’est là, quelques centaines de mètres en amont de la pittoresque cascade du saut du Chalard que le Conservatoire a acquis en 2022 une parcelle de forêt s’étendant le long d’un versant nord, du plateau aux rives de la Dronne. Elle se situe en partie au sein du site Natura 2000 « Réseau hydrographique de la Haute-Dronne ».

Cette année, dans le cadre de la rédaction de la notice de gestion commune à ce site et à celui des Forges de Madebaud, situé plus en amont sur la Dronne, de premiers inventaires y ont été réalisés. En effet, il n’existait jusque-là aucune donnée naturaliste disponible sur son périmètre. Les inventaires se sont principalement attachés à connaître la flore et à réaliser une cartographie des habitats naturels.

L’Osmonde royale se plaît en bord de Dronne

Si aucune espèce de plante très rare ou à fort enjeu de conservation n’a pour l’instant été trouvée, les premiers relevés témoignent de la présence d’une hêtraie-chênaie collinéenne à houx, habitat d’intérêt communautaire au sens de la Directive européenne Habitat faune flore. On notera l’existence d’un important cortège de fougères, liés à la fraîcheur du versant, allant du Blechnum en épi au Dryoptéris dilaté, ainsi qu’une belle population d’Osmonde royale sur les berges de la rivière. De petites sources sur le versant permettent ponctuellement l’expression d’une végétation originale de microphorbiaie, dense et basse sur des sols constamment gorgés d’eau, avec des espèces comme la Dorine à feuilles opposées.

Dorine à feuilles opposées

Les différents passages sur le terrain ont été l’occasion de faire quelques belles observations de la faune. La Mulette perlière, bivalve d’eau douce bien connu sur ce tronçon de la Dronne semble abonder sur le fond de la rivière, tandis que la Loutre d’Europe et la Lamproie de Planer fréquentent ses eaux turbulentes.

Surtout, l’intérêt de cette parcelle est lié à l’abondance de vieux arbres d’important diamètre, ainsi que de bois mort sur pied et au sol, avec une diversité de calibres, qui lui donnent une forte naturalité. Ce sont précisément ces éléments qui font la richesse d’une forêt, et peuvent lui permettre d’abriter un important cortège faunistique, notamment lié au bois mort et aux dendromicrohabitats. Ces singularités morphologiques des arbres allant des cavités et décollements d’écorce aux végétations épiphytiques[LL1]  (qui poussent sur d’autres plantes sans leur nuire) peuvent en effet héberger ou nourrir une grande diversité animale, spécialisée et parfois rare. La nidification du Pic épeiche a par ailleurs été attestée dans un tronc mort.

Loge de Pic epeiche
champignon polypore, deux exemples de dendromicrohabitats

Des études complémentaires sont donc prévues dès l’année prochaine, pour inventorier les gros arbres, bois morts et dendromicrohabitats, et déterminer si cette forêt pourrait correspondre à une vieille forêt, soit une forêt présentant un caractère de maturité favorable à l’accueil d’une riche faune.

Cyrille Gouat

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