Pour le retour du pâturage sur le cingle de Trémolat : une réunion publique pour un projet fédérateur (24)

Pour le retour du pâturage sur le cingle de Trémolat : une réunion publique pour un projet fédérateur (24)

Avant de s’échapper vers Bergerac puis l’estuaire de la Gironde, la rivière Dordogne forme deux courbes majestueuses : les cingles de Limeuil et de Trémolat. Creusé dans les roches calcaires, ce dernier accueille sur sa rive nord un bel ensemble de pelouses sèches, accompagnées de landes à genévriers, milieux d’une riche biodiversité, préservés au sein du site Natura 2000 des Coteaux calcaires de la vallée de la Dordogne.

Aspect dénudé du cingle au début du XXème siècle (Archives départementales de la Dordogne)

Autrefois voué à la culture de la vigne, le coteau fut ensuite pâturé à la suite des ravages causés par le phylloxéra à la fin du XIXème siècle. Cependant, avec la déprise agricole, ces terrains pauvres et pentus, à la végétation autrefois rase, furent abandonnés et se sont petit à petit embroussaillés, mettant en péril leur riche biodiversité. Une autre menace est la colonisation par le pin noir, qui tend à devenir envahissant, banalisant tant la végétation que les paysages exceptionnels du secteur.

Le coteau s’embroussaille et est progressivement envahi par le pin noir

Des inventaires de la flore et des insectes réalisés entre 2024 et 2025 ont cependant montré la richesse du cingle : des plantes peu communes comme l’orlaya à grandes fleurs (Orlaya grandiflora) ou la coronille faux scorpion (Coronilla scorpioides) et des papillons comme l’azuré du mélilot (Polyommatus dorylas) ou la zygène du panicaut (Zygaena sarpedon) ont été aperçus.

Orlaya à grandes fleurs
Coronille faux scorpion

Le CEN Nouvelle-Aquitaine a pu faire l’acquisition en 2021 d’une parcelle de 1,40 ha au cœur du cingle. Aussi intéressante que soit cette parcelle, sa surface reste faible par rapport à l’immensité du cingle. Ainsi est née l’idée de fédérer les propriétaires du coteau, afin de construire un projet commun pour réintroduire du pâturage sur le cingle. Un tel projet répond à des enjeux multiples : au-delà de la préservation de la biodiversité, l’action des animaux qui broutent, en contenant la végétation, permettrait de préserver les vues de ce site classé et de limiter le risque d’incendie. Il s’agit aussi de soutenir les pratiques traditionnelles de pastoralisme.

Zygène du panicaut
Azuré du mélilot

Pour autant, rassembler la cinquantaine de propriétaires de la portion est du cingle n’est pas une mince affaire. C’est là que le soutien de la commune de Trémolat est déterminant : une bonne connaissance des habitants et propriétaires, une pelleté de courriers envoyés, et le 17 décembre dernier, une réunion publique organisée pour exposer le projet.

Vue grandiose depuis la parcelle du Conservatoire

En présence de 8 personnes dont le maire de la commune, on commence par une présentation du dispositif Natura 2000, du patrimoine naturel du site, puis on rentre dans le vif du sujet : pour ce soir, l’objectif est de constituer un ensemble cohérent de parcelles, qui soit intéressant à pâturer. L’ensemble des participants est séduit par le projet, tandis que d’autres propriétaires qui ne peuvent être présents ont donné leur accord en amont. Puis on nous glisse que cette voisine sera sûrement d’accord, le bouche à oreille devrait faire son effet dans le village…

Un premier ensemble de quelques hectares se dégage autour de la parcelle du Conservatoire : le projet va pouvoir démarrer !

Une feuille de route se dessine pour 2026. Signature de conventions avec les propriétaires, affinage du projet avec des éleveurs locaux (il faudra probablement débroussailler par endroits, créer des layons pour installer des clôtures), puis recherche de financements à travers un contrat Natura 2000.

Objectif : premiers coups de dents des moutons à l’automne 2027 !

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