La forêt sur pentes de la Vieille église reçoit le festival des Nuits des forêts (19)

Pour la première fois en Corrèze, dans le cadre des Nuits des forêts, le CEN Nouvelle-Aquitaine a organisé des rencontres qui se sont déroulées les 19 et 20 juin. Elles ont été l’occasion d’échanges autour du thème « A l’écoute des vivants », trame proposée pour l’édition de 2026. Ces deux journées ont permis de croiser des approches techniques et sensibles avec comme lieu de rendez-vous, l’église du Gour noir, petit édifice du 12ème siècle construit sur un piton rocheux. Implanté sur le territoire communal de Saint-Pantaléon-de-Lapleau, cet ancien prieuré trône au cœur de la forêt de Vieille église, propriété boisée de 155 ha du CEN Nouvelle-Aquitaine.


Le programme a été construit pour que les échanges, au niveau des conférences, des tables rondes avec des associations locales et nationales, des présentations techniques ou artistiques, puissent tisser des liens, enrichir notre perception de la forêt, élargir la réflexion, améliorer la palette d’actions, voire bousculer des certitudes.
Comme certaines personnes éprouvent des difficultés à parler en public, deux autres types d’expression ont été proposés pour que le maximum de participants puisse faire entendre sa voix :
- un débat mouvant, méthode où la réponse à la question débattue s’effectue par déplacement ;
- une création de carte sensible collective, où, guider par Thiphaine LAURENT, ethno-paysagiste illustratrice, chacun peut s’exprimer en dessinant.

La musique a naturellement complété l’offre artistique, avec un premier concert à quatre voix et un piano ainsi qu’un second de quatuor à cordes, autre liaison sensible entre les instruments en bois et la forêt.
Dans la forêt sur pentes de la Veille église, le CEN Nouvelle-Aquitaine porte 3 grands types d’actions : la sylviculture mélangée à couvert continue (16 ha), la non-intervention sylvicole (139 ha) pour que les peuplements puissent pousser avec peu de pression humaine et les suivis naturalistes, notamment les chauves -souris.
Au cours de l’hiver 2025-2026, l’école forestière de Meymac a réalisé la première éclaircie dans des feuillus. La visite de ces parcelles a été le support de présentation d’un chantier forestier avec un faible taux de prélèvement (15 à 20% des tiges), réalisé en bûcheronnage manuel et sans aucune circulation d’engin dans les couloirs d’exploitation. La discussion sur cet itinéraire technique a été l’occasion d’évoquer l’importance du respect des sols, l’intérêt de combiner des espaces avec et sans sylviculture et le rôle des boisements dans la protection des rivières. Le dialogue sur le respect du compartiment écologique, de l’interdépendance entre les arbres, la ressource et le cycle de l’eau a fait le lien avec la conférence donnée par Sébastien VERSANNE JANODET, directeur de la Maison de l’eau et de la pêche de la Corrèze.

L’écoute de la nature reposait sur 3 approches :
- Sonosylva, programme scientifique porté par le Muséum national d’histoire naturelle et l’Office national de la biodiversité, utilisant l’écoacoustique pour étudier les forêts protégées de France et pour estimer l’importance et les effets de la pollution sonore due à l’activité humaine ;
- entendre des bruissements imperceptibles de la forêt, comme les brins de mousse qui se déploient ou la circulation d’un ver de terre, grâce à la panoplie de micros ultra-sensibles et au savoir-faire de Charles ROSE, audio-naturaliste chasseur de sons ;
- écouter des chauves-souris, avec une mise à disposition d’un appareil qui capte les ultrasons émis par les chiroptères et les transforme en sons audibles pour les humains.


Les deux premières ont été contrariées. La présentation de Sonosylva a été annulée car la perturbation de la circulation des trains liée à canicule a empêché Ludovic CROCHARD, coordinateur de Sonosylva, de se déplacer. Le matériel de Charles ROSE, pourtant méticuleusement vérifier la veille, est tombé en panne au moment de la balade sonore.

Les déboires ont abouti à d’autres projets. La conférence de Sonosylva est reportée au printemps, avec une présentation des résultats en cours d’analyse. De son côté, Charles ROSE a animé de sons la carte sensible dessinée par Tiphaine LAURENT.
Malgré ces déconvenues et une faible fréquentation, cette première expérience en demi-teinte a atteint certains objectifs, comme le renforcement des liens professionnels, l’urgence de travailler en synergie avec les acteurs de l’eau et l’intégration d’un regard sensible dans la gestion des sites.
Véronique Daviaud




