Deux visiteurs inattendus au Vallon du Manas (64)

L’Ibis falcinelle (Plegadis falcinellus) est un échassier reconnaissable à son long cou, ses longues pattes et son long bec recourbé lui permettant de se nourrir en eaux peu profondes. Il mesure environ 60 cm et son envergure peut aller jusqu’à 105 cm.
Présent sur le littoral atlantique, en Loire-Atlantique et en Méditerranée (Camargue), il est inféodé aux zones humides de tout type comme les marais d’eau douce ou saumâtre, les prairies humides, les lacs, les étangs, les bras morts et les rivières peu profondes qui lui procurent une alimentation diversifiée composée de mollusques, larves, crustacés, vers, amphibiens, insectes, etc… Il se nourrit habituellement en petits groupes.
Le pic de la migration post-nuptiale a lieu en septembre. Des haltes sont possibles en fin d’année en France comme cela a été observé en Brenne en septembre et décembre 2025, mais il hiverne rarement dans notre pays, lui préférant le continent africain.
Ce 30 juillet, un Ibis falcinelle immature a fouillé méticuleusement, de son long bec recourbé, le dessous des pierres encore partiellement immergées dans le lit du Lombré, attrapant goujons et larves. Pendant la trentaine de minutes que dura l’observation, le jeune Ibis falcinelle aura parcouru moins d’une centaine de mètres, d’un pas lent et mesuré, parfois revenant sur ses pas.
En France, cette espèce rencontre également des obstacles à son installation et expansion que sont les dérangements causés par la fréquentation humaine, la pollution et la disparition des zones humides.
Dans le Vallon du Manas, l’Ibis falcinelle a trouvé un espace paisible, ombragé par la forêt alluviale et ayant résisté aux effets des canicules successives.
Le Merle à plastron (Turdus torquatus), est un passereau de la famille des turdidés, sensiblement de la même taille que le merle noir dont il se distingue par la présence d’un croissant blanc ou clair en haut de la poitrine.
Cette espèce est migratrice et hiverne à l’ouest du bassin méditerranéen, seule la sous-espèce Turdus torquatus alpestris se montre parfois sédentaire.
Lors de la période de reproduction, qui finit entre fin juin et début juillet, le Merle à plastron est majoritairement observé à une altitude comprise entre 800 et 2000 mètres. Ses habitats de prédilection sont les pentes abruptes et prés-bois humides de résineux, entrecoupés de clairières herbacées, ce qui en fait une espèce plutôt montagnarde.
Cependant, deux observations exceptionnelles de nidification en plaine ont été faites par le passé : pour l’une au printemps de l’année 1971 dans les Monts d’Arrée, en Bretagne (1), avec la présence de deux couples et deux juvéniles à seulement un peu plus de 300 mètres d’altitude, et pour l’autre, dans les Ardennes à 500 mètres d’altitude, dans des prés humides à épicéas (Bethmont in Yeatman-Berthelot & Jarry 1994).
Dans le Vallon du Manas, sur les berges du Lombré, c’est un couple et un mâle juvénile (à confirmer) dont la présence a été captée par un piège photographique durant tout le mois de juillet 2026. Le mâle chanteur et territorial était encore présent en ce début de mois d’août.
La présence du Merle à plastron sur le site à cette période de l’année interroge.
L’espèce est sensible aux dérangements provoqués par la fréquentation touristique, les activités agricoles, la déforestation et le réchauffement climatique. Les incendies qui se sont déclarés dans les Pyrénées cet été auraient-ils eu pour effet de disperser des individus ?
Le Vallon du Manas serait-il propice à la nidification de l’espèce qui privilégie aussi les abords des cours d’eau ?


(1) https://pmb.bretagne-vivante.org>pmb>opac_css>doc_num.php
Céline SOUAMI, Conservatrice bénévole du CEN Nouvelle-Aquitaine
Sources :
- https://www.migraction.net
- https://www.oiseaux.net
- « Le guide ornitho », éd. Delachaux et Niestlé, 1999.


