Congrès RNF 2026 : restaurer la nature « sans réserve », mais avec les réserves

Congrès RNF 2026 : restaurer la nature « sans réserve », mais avec les réserves

Du 19 au 22 mai 2026, le congrès de Réserves naturelles de France a réuni en Corse les gestionnaires de réserves naturelles, collectivités, scientifiques et institutions autour d’un enjeu central : la restauration écologique des territoires face au changement climatique et à l’érosion accélérée de la biodiversité.

Accueilli par Office de l’Environnement de la Corse et RNF, l’événement a mis en lumière une ambition forte : faire des réserves naturelles des moteurs de la restauration écologique à l’échelle des territoires, bien au-delà de leurs limites administratives.

Une nouvelle étape pour les politiques de restauration écologique

Les échanges ont largement porté sur le règlement européen sur la restauration de la nature adopté en 2024, qui impose aux États membres d’élaborer une feuille de route nationale de restauration de la nature d’ici septembre 2026. Ce texte répond à cinq grands défis mondiaux : biodiversité, climat, alimentation, eau et santé.

Tous les intervenants ont rappelé l’urgence d’agir :

  • 80 % des habitats d’intérêt communautaire sont aujourd’hui en état défavorable ;
  • les insectes pollinisateurs connaissent un effondrement massif ;
  • les milieux naturels subissent des pressions croissantes liées à l’artificialisation et au changement climatique.

Dans ce contexte, les réserves naturelles apparaissent comme des laboratoires d’expérimentation et des espaces de résilience écologique.

Restaurer : entre libre évolution et intervention active

Les discussions ont porté sur l’opposition, entre restauration active et restauration passive.

Les échanges ont montré qu’il ne s’agit pas d’opposer les approches, mais de les articuler :

  • limiter les pressions humaines et favoriser la libre évolution lorsque cela est pertinent ;
  • intervenir par du génie écologique lorsque les milieux sont trop dégradés ;
  • restaurer les continuités écologiques et les fonctionnalités des écosystèmes.

Le rôle du foncier a été présenté comme central pour garantir la pérennité des actions de restauration, tout comme la nécessité de penser les espaces naturels à l’échelle des territoires fonctionnels.

Des moyens encore insuffisants

Malgré une mobilisation croissante des acteurs publics, les inquiétudes restent fortes sur les financements et la cohérence des politiques publiques.

Les Régions ont rappelé leur investissement massif dans les politiques biodiversité depuis dix ans, sans compensation suffisante des transferts de compétences. Plusieurs intervenants ont également alerté sur :

  • la baisse des moyens dédiés à la biodiversité ;
  • le recul de certaines politiques environnementales ;
  • la nécessité de renforcer la police de l’environnement et les moyens de surveillance.

RNF a insisté sur l’importance de maintenir des financements publics pérennes pour accompagner les objectifs européens de restauration.

Des retours d’expériences concrets et inspirants

Les ateliers techniques ont permis de partager plusieurs retours d’expériences marquants :

  • restauration hydraulique de zones humides et retour rapide des fonctionnalités écologiques ;
  • développement d’espaces en libre évolution en Normandie ;
  • opérations de renaturation en milieu périurbain à Strasbourg, avec démantèlement d’infrastructures et restauration des sols.

Ces projets ont souligné l’importance :

  • du suivi scientifique ;
  • de l’évaluation des trajectoires écologiques ;
  • de la concertation avec les acteurs locaux ;
  • de l’acceptabilité sociale des projets de restauration.

Les réserves naturelles : des noyaux de résilience écologique

Les différentes tables rondes ont convergé vers une idée forte : les aires protégées doivent devenir des moteurs de la restauration écologique territoriale.

Cela implique :

  • de sortir d’une logique strictement périmétrique ;
  • de renforcer les continuités écologiques ;
  • d’améliorer la mutualisation des connaissances et des outils ;
  • de développer des systèmes communs de suivi et de rapportage.

Les travaux présentés autour de l’outil CICADA, des observatoires nationaux et des démarches d’évaluation des « valeurs ajoutées » des réserves naturelles illustrent cette volonté de structuration collective du réseau.

Une vigilance forte sur les enjeux réglementaires

Lors de l’assemblée générale de RNF, plusieurs motions ont été adoptées concernant :

  • les tirs de loups dans les réserves naturelles nationales ;
  • les projets d’infrastructures menaçant les espaces protégés ;
  • la défense de la démocratie environnementale.

RNF a également rappelé son objectif de porter le réseau à 500 réserves naturelles d’ici 2030, contre 369 aujourd’hui.

Des ateliers participatifs

Les participants ont été conviés à différents ateliers participatifs sur la restauration des milieux : sols, zones humides …. Les contributions serviront à la rédaction d’un projet Life, sur la restauration que souhaite porter RNF.

Des sorties de terrain pour s’émerveiller et échanger

Cette année deux journées de sorties de terrain ont été programmées pour découvrir les réserves naturelles de Corse. Ces moments privilégiés permettent d’échanger sur les pratiques, notamment sur les actions de restauration menées dans les réserves naturelles.

Ce qu’il faut retenir

Le congrès RNF 2026 a confirmé un changement de paradigme : la restauration écologique ne consiste plus uniquement à réparer des milieux dégradés, mais à reconstruire des écosystèmes fonctionnels, résilients et adaptables au changement climatique.

Les réserves naturelles disposent d’une expertise reconnue pour expérimenter, suivre et évaluer ces transformations.

Mais leur efficacité dépendra :

  • de moyens financiers durables ;
  • d’une meilleure coordination entre acteurs ;
  • d’une approche territoriale dépassant les seules aires protégées ;
  • et d’un engagement collectif associant gestionnaires, scientifiques, collectivités et citoyens.

Participation et rédaction pour le CEN Nouvelle-Aquitaine : Alionka Boiché, Pauline Cabaret, Philippe Durepaire, Véronique Lucain.

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