Chantier de restauration d’une tourbière par des étudiants (19)

Situé sur la frange sud du plateau de Millevaches en Limousin, sur la commune de Pérols-sur-Vézère, le bassin versant du ruisseau de Barsanges est propriété du CEN Nouvelle-Aquitaine. Une partie de ce site a fait l’objet, en novembre 2025, d’un chantier de restauration original, associant une classe de BP RC BMS (responsable de chantier de bûcheronnage manuel et de sylviculture) du CFPPA de Haute-Corrèze, et une classe de BTSA GPN (Gestion et Protection de la Nature) de l’Institut Agro Dijon.
Dans le cadre de la réception du chantier, Antoine BEGNAUD, chargé de mission du CEN Nouvelle-Aquitaine, a interrogé l’équipe d’étudiants à propos de l’action menée.
Pouvez-vous nous présenter le site sur lequel vous êtes intervenus ?
Il s’agit d’une parcelle de 2 hectares, appartenant au CEN Nouvelle-Aquitaine, située en fond de vallon et occupée par une tourbière. Ce secteur a été planté en pins sylvestres en 1979, ce qui a eu pour conséquence d’abaisser la nappe, au détriment du bon état écologique de la tourbière, qui a besoin d’être engorgée en permanence. Cet assèchement a perturbé l’équilibre entre la molinie, graminée à tendance colonisatrice des milieux modérément humides, et la sphaigne, espèce d’importance capitale pour le fonctionnement de la tourbière. Cette expansion de la molinie entraîne la diminution progressive des cortèges floristiques et faunistiques associés à ce milieu rare.
Quels étaient vos objectifs, et quelles actions ont été entreprises ?
Nous avons axé le chantier sur la réouverture du milieu, la conservation des habitats existants et la création de nouveaux habitats favorables à l’accueil de la biodiversité. Nous avons commencé par identifier des zones où la densité des ligneux était moindre et dans lesquelles la sphaigne était présente, avec comme objectif de créer des clairières, limitant ainsi « l’effet pompe » par les arbres, afin de relancer la dynamique hydrologique de la tourbière. Les feuillus étant rares sur le site, le choix a été fait d’abattre prioritairement les Pins sylvestres. Cette action a été associée à la création de haies sèches. Ces structures linéaires de bois morts limitent l’emprise des tas de rémanents au sol, et constituent des gîtes et des réserves de nourriture pour la faune.
Pourquoi avoir choisi de ne pas exporter le bois et les rémanents ?
La zone de travaux comporte plusieurs contraintes : parcelle entourée de propriétés privées exploitées, difficulté d’accès par la topographie, présence d’une ligne moyenne tension… Et le sol peu portant de la tourbière ne permet pas de faire rentrer des engins ou des chevaux. Ces contraintes d’exploitation ont conduit à faire le choix de stocker le bois sur place, en tas condensés, pour limiter l’enrichissement du sol en matière organique. Les haies sèches permettent de concilier cette contrainte avec nos objectifs.
Comment s’est organisé le chantier ?
Nous avons formé huit équipes composées de trois techniciens BTSA GPN accompagnés par un bûcheron BP RC BMS. Chacune de ces équipes avait en charge une clairière à agrandir.
Comment s’est passée la collaboration entre les deux classes ?
En partant du cahier des charges qu’ils avaient rédigé, les BTSA ont précisé les consignes générales de travail et les objectifs du chantier. Les équipes ont travaillé en étroite collaboration, dans le respect de chaque métier, avec des prises de décisions horizontales s’appuyant aussi bien sur la partie GPN que sur les contraintes techniques et de sécurité de l’activité de bûcheronnage. Les BTSA ont également eu la chance d’être formés par les BP à l’utilisation d’une tronçonneuse et de différents outils de débardage. La diversité des approches quant au chantier ou à la forêt ont fait de cette journée un moment riche d’échanges, de partage de connaissances, de compétences et de points de vue.
Comment évaluez-vous le résultat de ce chantier ?
Ce chantier s’inscrit dans une gestion au long cours et il s’agit d’une première étape. Le travail d’ouverture du milieu sera à poursuivre sur plusieurs années afin de ne pas impacter trop brutalement la tourbière. Afin de contenir l’expansion de la molinie, une mise en pâturage extensif de bovins sera à mettre en place, et nécessitera une pose de clôture préalable. Des suivis écologiques seront réalisés conformément au plan de gestion afin de vérifier l’efficacité des actions. Cela donnera des opportunités pour de prochaines classes de s’exercer et de rencontrer de futurs collègues et partenaires professionnels !
Article rédigé par les étudiants de BTS GPN Agro Dijon

Le CEN Nouvelle-Aquitaine remercie les étudiants pour leur travail et leur investissement dans ce projet, malgré un calendrier serré et une météo capricieuse à la saison !
C’est aussi l’occasion de souligner la collaboration entre le CEN Nouvelle-Aquitaine et le lycée de Meymac. L’objectif est de poursuivre le travail débuté sur le site de Barsanges avec les prochaines promotions.






