Acquisition d’une perle dans le Périgord vert (24)

Acquisition d’une perle dans le Périgord vert (24)

Aux confins du Périgord vert, à la frontière des terres limousines, le CEN Nouvelle-Aquitaine a acquis au mois de septembre un ensemble de plus de 8 ha situés le long de la rivière Dronne, sur la commune de Firbeix.

Ces parcelles, majoritairement boisées, sont situées sur des terrains soit trop pentus, soit trop humides pour être intéressants pour l’exploitation forestière. Elles sont en revanche intégralement incluses au sein du site Natura 2000 « Réseau hydrographique de la Haute-Dronne ». Et celui-ci renferme un petit trésor : une des plus importantes populations françaises de mulette perlière (Margaritifera margaritifera). Cette espèce de moule d’eau douce autrefois très abondante, fut longtemps surexploitée pour les perles de joaillerie. Elle est aujourd’hui en danger d’extinction à l’échelle mondiale et française, menacée par les problématiques liées à :

  • La qualité des eaux : eutrophisation, pollution
  • La raréfaction de ses poissons-hôtes (la truite fario dans la Dronne)
  • La qualité du sédiment : érosion de berges, colmatage
  • L’hydrologie des rivières : étiages, prélèvements d’eau, drainage, chenalisation
  • La continuité écologique : aménagements transversaux.  

Si les pentes de la vallée sont boisées de longue date, probablement conduites en taillis de châtaigniers, les fonds humides de la vallée de la Dronne étaient autrefois occupés par des prairies. Avec la déprise, elles se sont progressivement refermées, et ont par endroits été plantées en résineux. Ceux-ci ont été récemment exploités, laissant en suspens la question de l’avenir de ces terrains : laisser revenir la forêt naturellement, ou bien replanter des arbres ? L’enjeu ici est double : respect de la règlementation liée au code forestier, mais aussi protection du cours d’eau et donc des mulettes vis-à-vis du lessivage des sols mis à nu.

Afin de mieux guider la gestion des parcelles, de premiers inventaires ont donc été entrepris dès le printemps 2025. Ils ont montré une flore typique du socle cristallin qui forme le sous-sol de la frange nord-est de la Dordogne. Ici, la végétation contraste fortement avec la flore calcicole à laquelle le naturaliste périgourdin est habitué : fougère dilatée, laîche blanchâtre ou wahlenbergie à feuilles de lierre. Le début du printemps révèle les belles floraisons de l’anémone sylvie et de la jacinthe des bois. La proximité de la Dronne attire de nombreux mammifères, dont la loutre d’Europe ou la genette commune, trahies par leurs épreintes et empreintes.

Saurez-vous détecter les quatre mulettes perlières qui se cachent sur cette photo ? (solution en fin d’article)

Une prospection des mulettes perlières a été réalisé au droit des parcelles afin de mieux localiser leur répartition.  Une bonne portion de la rivière reste à prospecter en 2026. Il faut dire que le site à son intérêt : il est situé directement en aval du lieu où des dizaines de milliers de juvéniles avaient été réintroduits entre 2019 et 2020 dans le cadre du programme Life Haute-Dronne.

Des inventaires complémentaires, orientés sur les mammifères volants (chauves-souris) et non-volants, ainsi que les oiseaux, sont prévus pour 2026. Ils réserveront peut-être quelques bonnes surprises…

Vous les aviez ?
Partager cette actualité