Le Lézard, le Coteau… et nous (47)

Il y a des fois où tout commence par une phrase anodine du type : “Je crois que j’ai vu un Lézard ocellé…”
Et à partir de là, c’est fini. Le cerveau s’emballe, les agendas se libèrent mystérieusement, et une seule idée s’impose à nous : aller vérifier. Sur le terrain, évidemment.
À Thézac, sur un coteau qui coche toutes les cases du parfait spot à lézard – soleil, herbes rases, ambiance “sud” sans la mer – l’alerte lancé par un riverain d’une observation de Timon lepidus est venue titiller notre curiosité. Et comme toute bonne curiosité naturaliste… elle ne s’éteint pas. Elle s’organise.
Quelques temps plus tard, un objectif commun se dessine : retrouver la star locale. Ou au moins confirmer qu’elle ne s’était pas simplement téléportée pour nous narguer.
Caméras au poing, le solarium idéal ne se sera pas fait prier : Timon est là… et bien là ! 10 jours de piège photo, 10 jours de présence (et environs 2 500 vidéos dépouillées, à cause de cette petite branche qui bougeait… oui celle là qui est relou…)
Sur le terrain, le spectacle est presque aussi intéressant que l’espèce recherchée :
Les naturalistes qui avancent en mode « tortue », des arrêts brusques suivis de regards fixes vers… rien en apparence, et cette célèbre phrase, répétée environ 47 fois : “Là ! … ah non.”

Le Lézard ocellé, lui, fidèle à sa réputation, maîtrise parfaitement l’art de la discrétion, probablement tranquillement caché quelque part, avec un léger sourire écailleux en regardant les naturalistes grimper la caillasse escarpée sous 35°C.

Mais au fond, peu importe. Parce que ce genre de journée, ce n’est pas seulement une histoire de “vu / pas vu”. C’est aussi une affaire de collectif : des collègues réunis, des discussions passionnées, des hypothèses parfois très sérieuses : “et s’il était juste derrière nous depuis le début ?”. Et ce plaisir un peu enfantin de chercher quelque chose qui nous échappe.
Cette dynamique, spontanée et joyeuse, fait aussi partie du travail : mieux connaître les milieux, croiser les regards, et continuer à affiner notre compréhension de ces coteaux qui ont encore pleins secrets à garder, et qu’il nous reste à percer…
L’occasion aussi de motiver les troupes sur un temps de week-end cohésion autour d’un objectif commun de créer et restaurer des gîtes favorables aux reptiles : efficacité, entraide et bonne humeur, ce temps collectif a laissé derrière lui des habitats prêts à accueillir leurs futurs occupants… et quelques souvenirs bien ancrés.


Conclusion ? Le Lézard ocellé est bien là. On le sait. Lui sait qu’on sait.
Et quelque part, le jeu continue.
Alexis Bataille


